Jour 6 – Ilha / Sao Jorge / Ilha

Journée cool et découverte rurale des environs, et baignade au niveau de la mer. Cette balade complète bien notre découverte de Madère. C’est le neuvième jour, la journée que l’on ne fait pas sur le programme 8 jours.

A 10 h, nous prenons le bus pour aller en 15 mn sur la crête en face. Il faut pour cela passer au niveau de la mer, et remonter à 400 m d’altitude. A pied, au moins 2h30 ; toujours cela de gagner. Parcours en croupe entièrement cultivée pour rejoindre un vieux moulin hydraulique.

Il y en a encore en fonctionnement quelques uns sur l’île, surtout côte nord, où l’on cultive encore des champs de quelques ares de céréales (blé, avoine, maïs…). On les repère, en se promenant à pied, par les petites amenées d’eau creusées à même le sol, entre les terrasses. Souvent une vieille meule usée ou cassée est restée posée contre le mur. Celui que nous visitons en est un bel exemple à Arco do Sao Jorge. Monsieur Lino entretient parfaitement les deux meules horizontales, l’une pour le blé, l’autre pour le maïs.

Le moulin appartient à la même famille depuis 3 siècles, mais c’est la fin d’une époque. Leur fils vit avec femme et enfants à Nice, et ne compte pas revenir. On se demande comment l’activité pourrait d’ailleurs être rémunératrice pour un jeune.

Les deux moulins, côte à côte dans cette petite pièce, sont actionnés par 2 roues à eau horizontales elles-aussi, sous le bâtiment. Une meule est en lave (de l’île donc) légèrement bulleuse pour le maïs (la farine est plus grossière), et l’autre meule est en granite (du continent) pour le blé. Son père a usé en 80 années une seule meule en granite de 22 cm d’épaisseur (la meule tournante), qui ne faisait plus que 4 cm.

Chaque mois, à raison de travail 4/5 jours par mois, il faut soulever la meule tournante au palan et lui donner du « grattant » à l’herminette ; il faut aussi recreuser les gorges courbes dans le travers de la meule qui permettent à la farine de s’évacuer vers l’extérieur.

Il est d’ailleurs un des rares qui sait encore retailler à l’herminette la surface broyeuse devenue trop lisse. Juste au dessus de chez eux, la dernière scierie à eau était encore en état de marche il y a 3 ans.

Ce hameau isolé recèle encore de beaux exemples de « Palheiros », ces maisons en bois et toit de chaume ; certaines sont encore habitées. La voisine de l’une d’elle nous invite à boire un verre de son vin, que nous tirons directement du tonneau ; il rappelle certains vins de campagne de chez nous, d’il y a longtemps. Elle parle un peu français, ayant travaillé dans les environs de Nice. Elle est contente de partager ce moment, et nous aussi. Un petit chemin, trouvé récemment par hasard, nous permet de rallier le centre de Sao Jorge entre cultures et maisons fleuries. L’église en impose ; elle fête ses 250 années, alors que la mission catholique fêtera en 2014 ses 500 ans ; il n’y a sur l’île aucun bâtiment plus vieux que 500 ans, et probablement moins.

Après l’église, le cimetière ! Celui de Sao Jorge est particulièrement bien fleuri et bien entretenu. Comme on arrive dessus en surplomb, la vue sur ces milliers de fleurs sur fond de mer aimante le regard. Chaque famille entretient ses tombes, et il y a toujours quelqu’un qui s’affaire tranquillement, en silence.

Le plateau de Santana, de l’autre côté de la rivière, comme le secteur de Sao Jorge ne sont desservis par la route venant de la côte sud que depuis les années 50. Auparavant, la circulation des marchandises se faisaient par la mer, dont l’accès se trouve 300 m plus bas que les zones habitées et cultivées. Les anciens avaient tracés des chemins larges d’environ 3 à 4 m, empierrés, montant en larges lacets. Les bœufs tiraient à la montée comme à la descente des chars à patins pour charrier vin, cannes à sucre, légumes, etc. Ces chemins magnifiques sont peu entretenus, et s’abîment inexorablement. La descente à la mer est donc facile et agréable.

Baignade pour tous dans une vasque creusée dans le lit de la rivière juste avant qu’elle ne se jette dans la mer. Celle-ci est toujours trop agitée, et les cailloux trop gros, pour risquer une baignade à l’issue incertaine.

Cette journée cool se termine néanmoins par une remontée raide, entre vignes et rais de légumes, vers Ilha, en 1h30…

Belle journée, et une fois encore totalement différente des précédentes.


Écrire commentaire

Commentaires : 0