Jour 4 – Pico Arieeiro / Pico Ruivo

Pico Areeiro, terminus de la route, à 1800 m. On quitte vite la bousculade touristique et le brouhaha. Beaucoup ne font que l’aller retour au premier point de vue, sur le sentier dallé ; c’est la partie la plus ventée.

C’est la randonnée dont l’enjeu est le plus important : brume totale, voire pluie, et tout l’intérêt est perdu ; mais, comme chacun sait, le pire n’est jamais sûr, et mieux vaut toujours venir voir. Car d’en bas, impossible de savoir le temps qu’il fait, et encore moins celui qu’il fera dans la journée… En météo « normale », les sommets sont dégagés, et la journée sera un combat de titans entre la brume qui cherche à monter et le soleil qui tente de la contenir, en échauffant l’air, dissolvant cette brume ascendante (on les nomme nuages orographiques). Force est de constater que l’on est souvent gagnant à tenter sa chance, et partir entre les picos réserve même par temps moyen des coups d’œil exceptionnels. La brume légère monte donc jusqu’à nous, mais se dissous mystérieusement. Ou pas. La température peut donc varier énormément. Mieux vaut prendre le poncha à l’arrivée qu’au départ…

Le sentier est au printemps un véritable jardin botanique de plantes accrochées aux falaises, au dessus de nos têtes et sous nos pieds.

Le chemin parcourt d'abord une crête étroite qui domine la vallée de Serra de Agua, 1000 m plus bas. À la sortie d'un premier tunnel, on découvre un vaste cirque montagneux. Entre pics déchiquetés, aiguilles de basaltes et cathédrales de lave dominant des pics vertigineux, nous nous insinuons au cœur de ce cataclysme dont le mouvement semble suspendu pour un instant seulement. Les couleurs sont étonnantes : noir de jais, ocres rouges et jaunes.

Arrivant sous le Pico Ruivo, le point culminant, vers 1800 m, nous passions à l’ombre d’un sous bois de bruyères arborescentes pluriséculaires (présentes très probablement avant l’arrivée de l’homme en 1421), aux troncs secs et noueux. On imagine difficilement l’age des ces arbres de 5 à 6 mètres de haut dont les fûts atteignent plus de 50 cm, poussant dans un air le plus souvent déchargé de son humidité, sur un sol ingrat et très drainant ; et bien elles ont totalement brulé l’été 2010, très sec, succombant à un vaste incendie criminel, qui a ravagé la plus grande partie du centre de l’île. Un véritable désastre écologique et patrimonial ; un véritable cimetière des éléphants. Je suis passé 3 fois en 3 semaines, l’estomac 3 fois noué. Je repense à toutes mes photos, faites depuis 1986 ; jamais je n’aurai imaginé un jour ne plus les voir fleurir.

 

Pico Ruivo (roux) vient de la couleur des scories ocre qui forme le substrat à une flore très réduite. Mais depuis que tout le centre de l’île, la montagne donc, est classé Parc Naturel, les chèvres, moutons et autres cochons plus ou moins sauvages ont été interdit. On voit donc la flore reprendre ses droits, et certaines plantes, comme la violette jaune (Viola paradoxa), classées rares l’être de moins en moins. Alors que l’on ne voyait que des bruyères adultes, on découvre enfin de jeunes pousses.

Du sommet la vue sur 360° dominera l’ensemble de l’île, ou une mer de nuages qui vous donnera l’impression d’être seul, et dans un autre monde.


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